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Gerard Rouah                         Oh

Au sommet des Brics, Poutine joue les bons offices entre Pékin et New Delhi



Le chef de l'Etat russe a démontré pendant trois jours à Kazan qu'il pouvait faire échec aux mesures d'isolement des Occidentaux. Si la déclaration finale du sommet des BRICS est restée sans décision concrète, le rendez-vous a été marqué par des réussites concrètes comme le réchauffement des relations Pékin-New Delhi



Le compte X du Premier ministre indien a pris pendant trois jours à Kazan les allures d'un album photo diplomatique. Narendra Modi , réputé pour être un des leaders freinant des quatre fers sur l'affichage d'un agenda trop anti-occidental pour les BRICS, ce groupe de pays émergents emmené par la Chine, la Russie et l'Inde, y a célébré ses rencontres, photos à l'appui. Le message publié à la suite de son rendez-vous avec le président chinois est le plus long et s'achève par « la confiance, le respect et la sensibilité mutuels guideront les relations bilatérales ». Il clôt cinq ans où les deux dirigeants des deux pays s'évitaient soigneusement lors des sommets comme les G20, après un affrontement armé à leur frontière commune en 2020. Un accord sur ce sujet avait en amorce du sommet été annoncé par Pékin et New Delhi.
Ce réchauffement des relations entre deux pays fondateurs des BRICS est à mettre au crédit du rendez-vous. Il semble même avoir débordé du cadre strictement diplomatique et s'être étendu aux relations personnelles. Sur une des photos du concert de gala donné mardi soir pour les dirigeants, on peut voir le Premier ministre indien lever le pouce. En face de lui, Xi Jinping, et entre eux deux, Vladimir Poutine. Comme si le chef de l'Etat russe était le ciment du réchauffement de leurs relations.
Pas de système financier alternatif
La déclaration finale du sommet publiée mercredi après-midi est en revanche restée à un stade souvent vague. Dans le domaine économique, la Russie n'avait officiellement pas mis la barre très haut et de fait, rien de concret n'a donc été décidé au sujet d' un système financier alternatif . Le texte de 43 pages au total a notamment listé des engagements sans limites de temps du type : « Nous convenons d'examiner la possibilité de mettre en place un système BRICS de paiement transfrontalier indépendant. » Suivi de cette précision : « Il ne s'agit en aucun cas de prétendre remplacer le système en place, mais de compléter les infrastructures existantes. »

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Pourtant, l'affranchissement du système de paiements internationaux reste une priorité pour le Kremlin. En témoigne cette nomination rendue publique trois jours avant le début du sommet : l'actuel adjoint au chef de l'administration présidentielle devient également envoyé spécial du président pour la coopération économique et financière avec les BRICS et sa banque, la Nouvelle banque de développement. Maxime Oreshkin est aussi ex-ministre du Développement économique.
Guterres en Russie
Signe de l'attraction qu'exerce ce groupe de pays émergents, le chef de l'Etat russe a présidé la première réunion élargie des pays membres avec les pays aspirants ce jeudi. Dont la Turquie, premier pays de l'Otan à candidater . Le format BRICS n'a évidemment rien à voir avec une alliance militaire ou une organisation intégrée comme l'Union européenne, mais le porte-parole du Kremlin n'avait pas manqué de souligner la veille : « L'attrait de la coopération au sein des BRICS réside dans le fait que personne ne pose la question du « nous ou eux ». » Avant d'ajouter : « C'est une condition que l'Otan et l'Union européenne aiment poser. »
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Antonio Guterres, secrétaire général de l'Onu a pris la parole en dernier et il a notamment déclaré : « Nous avons besoin de la paix à Gaza avec un cessez-le-feu immédiat, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages. » Il s'est aussi exprimé sur la guerre qui déchire le continent européen depuis le 24 février 2022 : « Nous avons besoin de paix en Ukraine. Une paix juste, conforme à la charte des Nations unies, au droit international et aux résolutions de l'Assemblée générale », a-t-il dit devant Vladimir Poutine.
Impassible pendant son discours, le chef de l'Etat russe lui a ensuite répliqué : « Le secrétaire général a dit que nous devrions tous vivre comme une grande famille », « malheureusement, dans les familles, il y a souvent des disputes, des scandales, des litiges de propriété, et parfois il y a même des bagarres. » Antonio Guterres et Vladimir Poutine devaient se rencontrer jeudi dans la soirée à Kazan.
Alice Barbier (A Kazan)