GR Notes 2025

Gerard Rouah                         Oh

Les violences des colons en Cisjordanie forcent Israël à réagir

Incendie d’une mosquée, villages attaqués, enfant décédé : la violence atteint un niveau inédit.
Le 12 novembre, à Beit Lid, en Cisjordanie, un Palestinien inspecte son véhicule brûlé après une attaque de colons.
Les condamnations se succèdent avec une insistance inhabituelle. En l’espace de quarante-huit heures, le président israélien Isaac Herzog, le chef d’état-major Eyal Zamir et le secrétaire d’état américain, Marco Rubio, ont publiquement dénoncé la flambée de violences commises par des colons en Cisjordanie. Mercredi, le secrétaire d’état américain, Marco Rubio, a mis en garde contre le risque que la nouvelle série d’attaques de colons en Cisjordanie occupée ne se répercute sur Gaza et ne vienne perturber les efforts de paix soutenus par Washington. Ce concert de réactions tranche avec le silence qui entoure d’ordinaire ces exactions, pourtant récurrentes.
Depuis plusieurs semaines, et malgré les discours de paix qui entourent le « Plan Trump » pour Gaza, la Cisjordanie est le théâtre d’une violence débridée qui frappe de plein fouet la saison de la cueillette des olives. Selon l’armée israélienne, 86 incidents violents ont déjà visé la récolte cette année, contre 25 l’an dernier. L’ONU recense pour le seul mois d’octobre 264 attaques de colons, un niveau inédit depuis 2006. Dans plusieurs zones proches de Naplouse et Ramallah, des dizaines d’hectares d’oliveraies ont été saccagés ou rendus inaccessibles, un phénomène que L’ONU juge «sans précédent depuis vingt ans ».
Jeudi à l’aube, un groupe de colons a ainsi incendié l’entrée d’une mosquée située entre Deir Istiya et Qal Harès et recouvert ses murs de slogans vengeurs, notamment adressé au chef du
Commandement central israélien, Avi Bluth. Le général a qualifié ces actes d’« inacceptables » et a reconnu que l’absence de victimes décédées relevait du « simple hasard ». « Nous assistons à une dangereuse escalade du terrorisme juif en Judée-samarie (le nom biblique de la Cisjordanie, utilisée par les partisans de la colonisation, NDLR) », a réagi l’ancien général et chef du Parti travailliste, Yair Golan, quand le président, Isaac Herzog, a promis d’« éradiquer » ce phénomène. De telles condamnations demeurent rares dans un pays où les responsables politiques – y compris centristes – s’expriment avec prudence sur les excès des colons par crainte d’alimenter des tensions internes.
Cet épisode est survenu au lendemain d’une attaque d’une ampleur exceptionnelle à Beit Lid et Deir Sharaf. Des dizaines de colons masqués y ont envahi les villages en plein milieu de la récolte, incendié des véhicules, agressé des habitants, saccagé une communauté bédouine et réduit en cendres quatre camions de l’usine laitière al-juneidi. Lorsque des soldats ont finalement tenté de s’interposer, une partie des assaillants s’est retournée contre eux, endommageant un véhicule militaire.
« Une impunité quasi totale »
Eyal Zamir, chef d’état-major, a promis de « mettre fin à ce phénomène » et d’agir « avec fermeté jusqu’à ce que justice soit rendue. » Des déclarations qui convainquent peu en Cisjordanie, et les ONG rappellent que la quasi-totalité des attaques commises par des colons restent sans suite judiciaire. Plus de 90% des plaintes déposées par des Palestiniens n’aboutissent jamais, rappelle L’ONG israélienne Yesh Din. « Dans ces quelques cas, il semble qu’aucun progrès n’ait été réalisé, ce qui maintient l’impunité quasi totale pour le recours à la force illégale et le meurtre illégal de Palestiniens », écrivait ainsi en octobre dernier le Hautcommissariat aux droits de l’homme dans un communiqué.
Depuis deux ans, les violences en Cisjordanie ont causé la mort de plus de mille Palestiniens, selon les données de L’ONU et d’organisations humanitaires, tandis qu’une trentaine d’israéliens ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors de raids militaires. Désormais, ce ne sont plus seulement des familles palestiniennes isolées, mais des infrastructures économiques qui sont visées, comme les ateliers, les puits et les moulins à huile, dont la destruction menace directement la capacité des villageois à rester sur leurs terres.
Ce déferlement traduit un climat de violences structurelles, alimenté par un «environnement politique permissif»,
selon le Haut-commissariat aux droits de l’homme, qui dénonce une stratégie délibérée pour «accélérer le déplacement des Palestiniens de leurs terres ».
De fait, les communautés palestiniennes voient régulièrement les mêmes schémas se répéter : saccages de vergers, incendies de véhicules, agressions verbales ou physiques, avantpostes souvent illégaux, et un système policier qui, en pratique, intervient peu ou tardivement. « Un sentiment d’impunité s’installe parmi les auteurs d’actes de violence, tandis que les victimes peinent à avoir accès à la justice»,
constate Yesh Din dans un rapport.
Dans les villages palestiniens, cette dynamique nourrit un sentiment d’insécurité profonde. «N’importe qui peut être tué ici», assure Awadh Muhammad Hazma, un agriculteur de Turmus Ayya, responsable local de la « commission pour la résistance au mur et à la colonisation», liée à l’autorité palestinienne. «L’armée est complice des colons, quand les colons viennent nous agresser et brûler nos oliviers, elle n’est jamais bien loin», assure-t-il. À Beita, près de Naplouse, un adolescent de 13 ans a succombé mardi à des lésions cérébrales causées par une inhalation massive de gaz lacrymogène utilisé par l’armée pour disperser des Palestiniens venus récolter leurs olives.