GR Notes 2026

Gerard Rouah                         Oh

Gloriole et déchéance

Il est proprement fascinant de constater la facilité avec laquelle les communautés au Liban tombent du cocotier à tour de rôle, après avoir connu le zénith de la gloriole. Autant de crises d’ado gigognes qui se sont succédé, parfois sur plusieurs décennies pour certaines, avant que leurs demi-dieux et lécheurs respectifs ne s’étalent dans les grandes largeurs, la queue basse et toute honte bue.

Le Parti barbu, qui se fait tondre gratis aujourd’hui au milieu de ses derniers idolâtres, n’est pas le premier à avoir inventé le bâton pour se faire battre et enfoncer ses ouailles. Bien avant lui, les sunnites s’étaient essayés au sport de l’arrogance à l’époque où ils fumaient Nasser et Arafat sans filtre, qui leur promettaient déjà de détruire Israël et paver la route jusqu’à Jérusalem… En passant quand même par le Yémen pour l’Égyptien, et Jounieh pour le Palestinien. Au final, les deux trublions ont canardé plus d’Arabes qu’ils n’ont dézingué d’Israéliens et terminé leur carrière, le premier sur une dérouillée militaire en 1967, le deuxième sur un rafiot en faisant le V de la victoire. Chauffés à blanc, nos Premiers ministres à nous se retrouvaient alors pantalon sur les chevilles.

L’acné juvénile n’allait pas tarder à frapper les chrétiens à leur tour : courbettes aux Syriens en 1976, puis génuflexion rapide devant les Shlomos en 1982, enfin brosse-à-reluire-et-retour sur les babouches syriennes en 1990. Les Jésus-Marie-Maroun ont dû subir aussi les démangeaisons guerrières d’un généralissime en pousse d’orange à Baabda et celles d’un milicien déboisé de la coiffe à Meerab. Bien que l’essentiel du programme politique des deux hommes ait consisté à abreuver la population civile d’obus et autres projectiles bariolés, il s’est toujours trouvé des esprits profondément atteints qui ont chanté leurs louanges en leur tressant des lauriers. Puis patatras et dégringolade de l’armoire, les Syriens se pointaient pour le dernier acte : l’Agrume a détalé, le Tondu s’est fait serrer, les chrétiens étaient désossés.

Pour les chiites, comme pour leurs concitoyens avant eux, l’heure de l’épilogue a maintenant sonné. Un signe qui ne trompe pas : Istiz Nabeuh commence à prendre ses distances en se bouchant discrètement le nez. Certes, l’indéboulonnable nabab du perchoir a fait le plein de coups tordus et de larbins dans la fonction publique, mais avec un report éventuel inespéré des législatives, il lui resterait encore deux bonnes années à tortiller de la rondelle sur son fauteuil, avant de dégager sur la pointe des mocassins. Chapeau l’artiste !

Seul au fond de son trou, le Turban numéro un du Parti pileux continue de faire avaler à son fan club des boas sur canapé, assortis de grands numéros d’autopromotion, puisqu’à ses yeux ses partisans sont tous BCBG, comprendre : bons chiites bons genres. Mais sous ces dehors raboteux, se cache un fêtard armé du désir d’en découdre. Si seulement ses patrons iraniens pouvaient lui refiler un peu d’uranium, il l’enrichirait à 2 000 %, ce qui bien sûr serait plus facile que d’enrichir les Libanais à 100 %.

Un grondement enfle de Beyrouth à Téhéran : « Ali, reviens ! Naïm est devenu fou… »

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